La Grande Muraille de Simatai

Samedi 9 Janvier

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Immobile, elle serpente sur les crêtes baignées de soleil. Si fine et si frêle vue d’en haut, elle est séduisante, coiffant la montagne d’une dentelle de brique. En la foulant du pied, je découvre avec émotion chacune de ses pierres. Certaines sont gravées. Mon imagination et la grandeur des lieux me font penser qu’il s’agit de mots précieux, sacrés et ancestraux, un peu magiques. Des mots qui comme elles, semblent mener aux cieux. Ou peut-être sont-ce les noms de ceux qui l’ont érigée ? Oui, j’aime cette idée ! Derrière chaque pierre gravée se cacherait donc un Homme !? Pas tout à fée… Il semble en réalité que ce soit le nom d’une seule et même personne. Celui qui ordonna sa construction… L’Histoire est souvent plus rude que ses petites sœurs au h si modeste. D’ailleurs, cette vieille dame de pierre est elle aussi plus rude qu’elle en a l’air… Elle nous accueille douce, puis raidie ses pentes au fil des pas, comme pour s’assurer de notre motivation à venir la rencontrer. Ou peut-être est-ce simplement que nous sommes fatigués ? Allez savoir…

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Dans la deuxième moitié de la montée, ses marches disparaissent fréquemment laissant place à des portions de chemin pavé sans escalier. Plus nous grimpons, plus la pente est raide. Cette fois, c’est sûr, la vieille dame nous défie. Je suis saisie d’un doute effroyable tout à coup : serai-je à la hauteur ? Et surtout, arriverai-je à redescendre ces passages si particuliers ? Courbée, le souffle coupé par la fatigue et ces pensées, je me redresse et lève les yeux pour abandonner mes pieds. Mon regard s’envole alors, un peu ivre, pour un voyage instantané à 360° au-dessus des pierres. La beauté de cette immensité est telle qu’elle me déleste de toutes mes craintes. Apaisée, je saisie enfin le message qu’elle tentait de me faire passer : au-delà du temps, et au-delà des maux, l’âme agit en ces lieux et tant pis si c’est vers les cieux !
Anaïs

Aujourd’hui, je vais vivre l’un des moments les plus attendus dans ma vie de voyageur.
Nous allons fouler du pied l’une des constructions les plus imposantes de l’histoire de l’humanité : la grande muraille de Chine. L’idée d’origine dans ce projet était de dormir dans une auberge de jeunesse près de la muraille. J’avais entendu parler de l’une d’entre elle située dans le village de Dongpo, près de la portion de la muraille appelée Simatai. Dormir là-bas nous aurait permis de découvrir cette splendeur au lever du soleil, et surtout d’avoir accès à des zones fermées. Malheureusement, après renseignement, il a fallu se rendre à l’évidence : l’auberge n’existe plus, et il va falloir vivre cette journée par la « voie officielle ».

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Nous quittons donc Beijing au petit matin, accompagnés de Maxime et Thomas, deux français rencontrés à l’auberge (ils vont en Australie et viennent de traverser l’Europe en bus, la Russie en transsibérien puis la Mongolie – itinéraire que j’avais moi-même envisagé). Une heure de bus nous mène à Minyu où il faut descendre. D’après mes infos, depuis ce point, il reste 50 km à faire en taxi. J’apprendrai plus tard qu’il existe finalement un bus qui va à Simatai. A mon avis, ce ne sera pas la dernière fois que les infos du guide de voyage seront mauvaises… Enfin bon, après une négociation plutôt bonne (150 Rmb par personne l’aller-retour), nous voilà arrivés à Watertown, la cité au pied du mur. Cette cité doit avoir quelque chose de spéciale car il faut payer pour la visiter ! Je crois que les chinois ont fini par bien intégrer les principes du tourisme…

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Se promener sur la muraille, c’est que du bonheur. Tout était avec nous : un beau ciel bleu, pas de vent et peu de touristes (ceux-ci vont en général sur des portions plus proches de Beijing). Ici, on se trouve sur une zone qui est restée quasiment intacte depuis sa construction, au XVème-XVIème siècle si je ne me trompe pas. Un paysage sauvage et très montagneux – je me demande bien quel envahisseur aurait eu l’idée de passer par là – et un monument bien préservé qui épouse parfaitement les lignes de crêtes à perte de vue. C’est vraiment une chance de pouvoir voir ça dans sa vie.
Malheureusement, au bout de 3h de marche, nous devons faire demi-tour pour retrouver notre chauffeur et rentrer sur Beijing. Franchement, moi, ça m’emmerde de retourner en ville. J’aurais tellement aimé prolonger ce moment et rester y dormir…
Christophe

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Un commentaire

  1. J’ai connu Anaïs en primaire. Le temps a passé depuis…
    J’aime lire les notes de votre périple.
    Je suis admirative devant votre dynamisme et vous souhaite de belles expériences, de la chance et plein de petits bonheurs.

    Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage…

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