Des trains pas comme les nôtres

Janvier 2016

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Avant même notre arrivée, nous avions fait un choix pour la Chine, un choix d’abord écologique, mais qui a aussi une portée humaine : celui de privilégier les transports terrestres. Les transports, les trains en particulier, sont sources de rencontres, toute une vie s’y déroule (peut-être pas en France où tout le monde attend bien sagement, dans le plus grand des silences, d’être enfin arrivé), une promiscuité se met en place avec ses voisins et c’est une vraie opportunité de nouer des contacts. Dans un train, il y a également le bonheur de rouler hors des routes, là où les voitures ne passent pas. Et un nouveau paysage se découvre ! Il existe également les bus, qui à mes yeux apportent moins de magie, mais qui peuvent aussi s’avérer très atypique ! Au cours de notre traversée du pays, je ne sais combien de kilomètres parcourus, nous aurons passé 53h30 dans les trains, et 29h dans des bus ; près de 3 jours et demi ! Voici nos différentes expériences de train.

Il faut déjà savoir qu’en cette période de nouvel an chinois, il y a toute une organisation à prévoir avant même de pouvoir monter dans un train. C’est une des rares périodes de vacances ici, et par ricochet, une grande période de transhumance. Tous les chinois rejoignent leur famille, et c’est alors extrêmement compliqué de trouver un billet de train à bon prix si on ne s’y est pas pris quelques semaines en avance ! Pour moi qui ai un peu l’habitude de voyager à l’arrach’, ça ne l’a pas fait du tout, ou en tout cas, les débuts ont été compliqués. Dès notre arrivé à Beijing, il nous a fallu planifier l’intégralité de notre voyage suivant les billets de train encore disponibles (d’ailleurs, pour ceux que ça pourrait intéresser, voici un très bon site qui nous a bien aidé : Travel China Guide. C’est pourquoi certaines de nos étapes ont tout simplement été oubliées. Et lorsque nous arrivions dans une ville, nous devions instantanément géré le départ. Pas l’idéal ! Mais tant bien que mal, nous avons plutôt bien réussi à planifier nos déplacements… Puis, une fois son précieux billet en poche, il faut se débrouiller dans la gare, qui est bien plus sécurisée que nos aéroports. Il faut passer deux à trois portiques de sécurité, avec scan des sacs et vérification des billets et passeports à chaque fois, puis patienter dans une salle d’attente géante que le portique s’ouvre pour atteindre les quais. Là, on se dit que c’est bon, mais non ! Il y a encore une vérification des billets et d’identité avant de rentrer dans le train ! Voilà, voilà, dans tous ces contrôles, nous nous plaisions à imaginer çà en France… Mais attention, tout se passe dans une très bonne organisation.
Une fois ces étapes passées, bienvenu dans le train, où il existe trois tarifs différents, dans l’ordre des prix, le « hard seat » (siège en dur), le « hard sleep » (couchage en dur) et le « soft sleep » (couchage confort). Nous les avons tous testés.

Notre premier trajet a été en soft sleep pour rejoindre Xi’an depuis Beijing, en 12h, de nuit. Nous avions acheté notre billet l’avant-veille du départ, et il n’y avait plus d’autres places disponibles. C’est une solution qui est plutôt confortable, franchement, nous avons passé une bonne nuit dans ce train. Ici, la compagnie propose un voyage dans une cabine « privative » de quatre lits, avec portes fermant l’accès au couloir. Nos « colocataires », avec gentillesse, m’ont offert une des bières qu’ils avaient avec eux. Mais nos échanges se sont arrêtés à un « kompay » (version phonétique). Le matelas est assez confortable, mais ça reste quand même assez cher. Et ça manque véritablement de contacts avec les autres voyageurs.

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Notre second trajet, entre Xi’an et Chengdu se fait en « hard seat ». Pour cette solution, beaucoup de personnes nous avaient annoncé que ce n’était pas si pire, mais qu’il valait mieux éviter des trajets de plus de 10-12h. Le nôtre aura duré 16h. Ce trajet n’a absolument rien de comparable avec le précédent. Nous sommes maintenant au milieu des chinois, et nous voyons bien que nous sommes une sorte d’attraction. Tout le monde nous observe, « qu’est-ce qu’ils font ici ? », « qu’est-ce qu’ils mangent ? » semblent-ils se demander. Moi, pendant ce temps-là, je regarde le magnifique paysage montagneux défiler. En Asie, le train roule lentement, et c’est une bonne occasion pour observer cette nature. Avec la tombée de la nuit, nous essayons de commencer à communiquer avec nos voisins. Ça a débuté avec un couple ayant un bébé de quatre mois pour lequel Ana a fondu ; puis d’autres voisins. Nous sortons la tablette et Google trad. (très utile d’ailleurs), du coup, ils nous comprennent, mais nous ne les comprenons pas ! C’est très frustrant, surtout qu’une sorte d’attroupement s’est créé autour de nous. Mais quand la barrière de la langue est trop forte, il reste des liens universels… Mes voisins m’offrent des shooters de différents alcools non identifiés, une bière, une cigarette. Nous testons le repas du train, la SNCF ferait bien de s’en inspirer, c’est copieux, et très bon ! Mais c’est maintenant que les choses se gâtent. Notre train arrive à 5h et il faut essayer de dormir, et franchement, le hard seat, c’est très dur ! Il n’y a pas de places allongées, et il faut essayer de se caser comme on peut. Pas l’idéal pour le dos, ni pour le sommeil.

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Partout dans le wagon les discussions vont bon train (je ne sais pas si je l’ai déjà dit, mais les chinois parlent très fort), et elles ne s’arrêteront pas de toute la nuit… En conclusion, le trajet en hseat ne manque vraiment pas de contacts avec les gens (il y en a peut-être même un peu trop), mais il n’est vraiment pas confortable pour un long trajet !
Le bon compromis se trouve dans le trajet en hard sleep, train à couchettes donc. Nous avons effectué ce trajet entre Chengdu et Kunming, en 22H ; Les espaces de sommeil comportent six lits, trois à gauche et trois à droite, et sont ouverts sur un couloir où se déroule la vie du wagon. Les deux lits du haut sont un peu bas de plafond –compliqué de faire autre chose que d’y dormir- et les lits du bas servent de siège, si ses locataires n’y dorment pas. Tout le monde se mélange, fait connaissance, roupille. Et toujours, à l’extérieur, les paysages de montagne qui défilent à petite vitesse. J’aime beaucoup cette atmosphère. A 22h, extinction des lumières, hormis quelques bébés, tout le monde s’endort tranquillement. En effet, en rentrant dans le train, le contrôleur a pris soin de noter la destination de chaque passager, et vient réveiller les personnes concernées au moment voulu.

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Pendant de longues, mais trop courtes années, j’ai connu la passion de mon père pour les trains. Je suivais çà de loin, sans trop comprendre. Faut dire que les trains en France ne sont pas des plus attrayants. Tout le monde est enfermé dans son journal, dans son smartphone, et il semble interdit de parler. De plus, maintenant, le train doit toujours aller plus vite, et les paysages se transforment en grand flou artistique. Je découvre maintenant les trains en Asie, avec une autre culture, celle où l’on peut prendre son temps et discuter avec son voisin. Je pense alors à mon père qui a du connaître ça dans sa jeunesse, et je comprends mieux sa passion, et, avec un peu de retard, je la partage.

Christophe

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