Les trésors chinés en Chine

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La Chine, durant cette première étape de notre périple, nous a laissé entrevoir certains trésors que le vieillissement peut porter en lui. Cependant, ce pays l’a fait d’une façon inattendue, et il nous a véritablement fallu les chiner car il s’est rapidement avéré très difficile de creuser notre thématique avec les locaux. Comme nous avons déjà pu l’évoquer dans de précédents articles, la communication fut réellement compliquée au sein de ce pays. Paradoxalement, alors que l’une des choses marquantes en Chine est le bruit permanent et les voix fortes, c’est à un mur de silence que nous nous sommes cognés bien souvent. La rencontre avec les étrangers n’est pas aisée. Seuls certains jeunes adolescents parlent un peu l’anglais mais peinent à s’en servir. Entre timidité, pudeur et posture liée au régime autoritaire en vigueur, chaque contact a donc nécessité une grande délicatesse. Et quand bien même nous parvenions à passer les premières barrières, d’autres demeuraient. Cela n’a donc pas souvent permis d’aboutir à un approfondissement des liens. Nous avions tenté de trouver le soutien de l’alliance française un temps sur notre parcours mais notre demande est restée lettre morte. Non sans frustration, c’est donc l’observation qui se révèlera être notre principal outil en Chine. Tous nos sens en éveil, nous avons donc tenté de récolter des informations sur ce que vieillir veut dire ici avec les moyens du bord. Nous démarrions avec sur le dos nos expériences propres – personnelles et professionnelles – des questions, des outils potentiels et surtout, beaucoup de non-savoirs !

Les effets de l’âge dans toutes leurs splendeurs

Ainsi, durant nos premiers temps passés dans ce premier pays, ce sont d’abord des visages et des corps qui nous ont frappés. Ici les effets de l’âge ne se cachent pas, ils s’expriment dans toutes leurs splendeurs. Ce que nous considérons dans nos cultures comme des défauts semblent dans ce pays presque cultivés. Les peaux racontent un peu des vies cachées : les années de labeur, le soleil, le froid aussi… Les visages, dont les rides détendent les traits des personnes, évoquent tout un panel d’émotions à la fois, celles d’hier et d’aujourd’hui – et laissent entrevoir le souvenir des histoires vécues. Les corps nous interpellent avec leurs squelettes déformés. Nombreuses sont les personnes croisées avec le dos à angle droit, penché vers l’avant comme si leurs activités passées s’étaient imprimées ainsi en eux pour que personne n’oublie. André Breton disait « la beauté sera convulsive ou ne sera pas ». En Chine, elle le fut bel et bien parfois et cela créa finalement chez-nous du désir, le désir de saisir ce qui se cache derrière ces marques du temps… C’est en ville, au détour des rues, que nous aurons nos premiers contacts avec les plus âgés. D’abord en étant confrontés à plusieurs personnes mendiantes, croisées sur notre chemin. Souvent des femmes, seules ; une fois, un couple. Lui jouant un air mélancolique en soufflant dans un instrument de sa conception ; elle, le regard fuyant, récoltant les fruits de ces singuliers concerts. Dans le bus également. Je me souviens de ce groupe d’hommes souriant, probablement des moines étant données leurs tenues. Ils semblaient tous extrêmement âgés, peinaient à se déplacer, et portaient sur eux un mélange de parfums aigres. Leurs visages étaient resplendissants de curiosité et de vigueur. Ils tentèrent malgré la barrière de la langue de communiquer avec nous spontanément. Mais ce que je vous transmets là est tout ce que nous sommes parvenus à saisir de cette rencontre marquante mais furtive…

Bribes de regards croisés sur les liens entre générations

En Chine, comme vous avez pu le découvrir au fil des précédents articles, nous sommes quand même parvenus à tisser quelques liens avec les locaux. Il s’agissait essentiellement de jeunes gens, maîtrisant d’autres langues et/ou qui avaient déjà eu des contacts avec l’étranger. Leur accueil a toujours été chaleureux et leur désir d’ouverture nous a permis d’aborder un peu plus les questions qui nous tenaient à cœur. Cependant, les barrières étant nombreuses et le temps pour les lever étant très court – compte tenu des distances à parcourir- les informations récoltées furent limitées.
Notre première rencontre fut celle avec Weina, jeune femme de 25 ans, vivant à Xi An mais faisant ses études en France. Elle nous a aidés spontanément à note arrivée à l’aéroport. Elle rentrait dans sa famille pour le nouvel an chinois. Weina nous racontera son point de vue sur la place des vieilles personnes en Chine à travers son regard d’étudiante en design urbain. Elle apprend à imaginer les lieux de vie de demain en évoquant ceux d’hier. Elle nous explique que les grandes maisons intergénérationnelles ont laissé la place, en ville, à des parcs et à de petits appartements. La vie des familles a ainsi du évoluer et les plus âgés ont été invités à quitter le foyer pour investir des logements indépendants. Ainsi, alors qu’en France on envisage le réinvestissement d’habitats intergénérationnels et d’habitats collectifs, ils semblent disparaitre dans les villes chinoises. Weina partagera aussi son point de vue sur l’absence d’aide de l’état et la pauvreté de nombreux aînés contraints parfois de mendier. Elle évoque aussi, certaines traditions, aujourd’hui tombées en désuétudes comme celle de « la pêche de longévité offerte aux aînés ». Ce fruit important dans l’Histoire de Chine confèrerait, selon la légende, la jeunesse éternelle et l’immortalité à qui le mangerait… Il était d’usage auparavant de l’offrir aux anciens, pour leur anniversaire, en gage de respect.

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Sculpture illustrant la tradition de la pêche de longévité. Pagode de la Grande Oie Sauvage à Xi An.

Par la suite, Xiong, ingénieur lui dans le domaine des transports publics, que nous rencontrerons plus tard à Chengdu, partagera avec nous un autre point de vue. Lorsque nous lui confirons par exemple notre étonnement face aux nombreux aînés croisés seuls dans les rues, il nous invitera à intégrer le fait que, peut-être certains useraient de cette pratique comme d’une sorte de gagne-pain car, selon lui, lorsque quelqu’un est en réelle détresse, la police est sensée lui venir en aide… A la croisée de ces regards, l’énigme de certaines observations et de certaines représentations restera donc en suspens… En revanche, à travers nos échanges autour du sens des prénoms chinois (cf article Xiong), nous découvrirons l’importance des ancêtres sur la définition et la construction d’une identité. Ici, la question « Qui je suis ? » trouve une part importante de sa réponse dans les choix des aïeux. En effet, ceux-ci inscrivent à l’encre des noms, l’identité familiale et la vision de demain, tant dans la grande Histoire du pays que dans celle de l’individu.
Enfin, en descendant encore plus au sud, nous récolterons nos derniers éléments sur la thématique, notamment à Jianshui. Cette « petite » ville chinoise sera le théâtre d’une autre rencontre, celle avec Zhang, 19 ans. Nous serons « ses premiers étrangers » et la fraîcheur de cette expérience nouvelle pour lui rendra ces moments précieux. Nos échanges en anglais nous offrirent donc de tisser un peu les liens avec lui, ses parents et sa petite amie, Shi. Ils se revoyaient après de longs mois de séparation – puisqu’ils étudient chacun dans une ville différente – et retrouvaient ému et nostalgique le collège qu’ils avaient quitté un an auparavant. Nous percevrons leur émotion en revenant dans cet endroit. Ils semblaient avoir déjà grandement vieilli depuis ce temps-là ! Soucieux de nous aider au mieux, ils nous informèrent des lieux à visiter dans leur ville. Parmi eux, le temple de Confucius et son parc. Alors que nous apprenions à Xi An que les parcs avaient grignoté, en ville, la place des maisons intergénérationnelles, c’est dans l’un de ces lieux là que nous en apprendrons le plus sur la place et les habitudes des aînés Nous y passerons une demi-journée et nous y dénicherons quelques trésors…
D’abord au cœur d’une exposition, visiblement temporaire, proposée par les enfants de l’école voisine.

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Par un heureux hasard, y sera donné à voir le regard de ces jeunes gens sur leur relation avec leurs aînés. La consigne exacte de l’exercice resta un mystère pour nous, mais le contenu des dessins se révèlera riche d’informations.

Parmi ce que nous avons pu que constater du rapport entre générations, un lien fort semble être cultivé entre les grands-parents et leurs petits-enfants. Ils semblent partager de longs moments ensemble lorsque le reste de la famille est au travail et nous les avons très fréquemment croisés, ensemble, au cours de nos promenades.
Des activités physiques, méditatives et ludiques.
Après cette découverte enthousiasmante, nous nous sommes installés un moment pour nous reposer sur un petit kiosque situé au cœur du lac tout proche. Je fus interpellé par un mouvement de déambulation qui n’était pas sans me rappeler celui que l’on découvre parfois en institution. D’abord venu du ciel, avec une nuée d’oiseaux qui tournoyèrent de longues minutes juste au-dessus de nous ; et au même moment sur terre, initié par un vieil homme portant sa musique en bandoulière et marchant d’un bon pas pour en faire plusieurs fois le tour. Il fut rapidement rejoint par d’autres personnes dont un grand-père avec son petit-fils, qui s’adonnaient au même exercice. Je n’ai pas pu savoir si le choix de ce lieu dédié au père spirituel de la Chine était délibéré et porteur d’un sens particulier pour ces aînés croisés… Leur rapport à la spiritualité ne me sera d’ailleurs pas révélé dans ce pays. En tous cas, ces activités physiques et méditatives (danse, thai-chi, etc…) sont de celles que nous avons pu fréquemment observé au détour des endroits où nous sommes passés (dans les parcs, sur les trottoirs…) ainsi que les jeux (de cartes et de mah-jong) qui ne nécessitent qu’un muret ou une petite table pour s’y adonner. La danse et la gymnastique se pratiquent tous genres et toutes générations confondues.

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Des idées ingénieuses pour conserver son autonomie

La mobilité et l’autonomie physique sont ici aussi une préoccupation visiblement importante, même à des âges très avancés semble-t-il. Nous avons d’ailleurs été plusieurs fois surpris par des outils, généralement artisanaux, conçus de façon très ingénieuse, comme des stratégies pour paliers aux difficultés. J’ai d’ailleurs souvent pensé à mes collègues ergothérapeutes au cours de cette première étape de notre voyage. Elles auraient certainement puisés ici de précieuses idées !
Par exemple, ici le « pédalier à mains »:

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Des portables à tous les âges

Pour ce qui est de la communication, nous avons constaté, tant dans les villes que dans les rares campagnes où nous sommes passés, que les plus âgés sont très souvent équipés de téléphones portables. Il s’agit souvent de vieux modèles aux fonctions limitées, qui viennent d’ailleurs contraster avec les portables derniers cris des jeunes générations. Nous aurions bien aimé approfondir le sujet mais cela n’a pas été envisageable en Chine.
Ainsi, bien d’autres questionnements demeuraient à explorer comme ceux sur les besoins et les attentes des plus âgés, la place de leurs croyances, de leur vision de la vie dans leur pays, de leur histoire… mais il nous a fallu nous rendre à l’évidence : il faut beaucoup de temps pour que les liens se tissent ici, et pour passer outre les nombreuses barrières repérées. Or la durée de notre visa et la construction de notre périple ne nous accordait pas plus d’un mois. Ce fut probablement notre erreur : la Chine est un pays vaste et d’une très grande richesse, qui nécessite beaucoup de temps. Nous ferons donc le deuil de plus amples informations sur cette destination en espérant en récolter d’avantage au Vietnam.

Anaïs

3 commentaires

  1. Quelle super aventure !!!! Profitez et faites nous rêvez et voyager …… je pense souvent a vous et regrette de ne m être pas cachée dans vos valises ;( plein de bisous ….

  2. j aime beaucoup votre « carnet de voyage » sur la Chine… j’y vit depuis trois ans et demi.. en effet, les relations sont difficiles à créer(barrière de la langue), ….il faut vite apprendre le chinois pour pouvoir communiquer… et les portes s’ouvrent, surtout en campagne, où je vis… et où je passe des journées à vélos de villages en villages et les rencontres deviennent fantastiques, même si , parfois leur « SANS-GÊNE » légendaire prend vite le dessus, les chinois sont des gens qui ont le coeur sur la main.

    • Christophe et Anaïs

      Merci Patricia. C’est la première fois que nous visitions la Chine, et c’est vrai que le mot « trésor » de notre titre représente bien ce que possède ce pays, beaucoup de beautés, mais ô combien difficiles à appréhender! Sans parler chinois, ça pourrait même parfois s’apparenter à une épreuve, mais les rares fois où nous rencontrions des chinois parlant anglais, nous avons toujours été touché. C’est en tout cas un pays qui nous a marqué!

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