L’être âgé, cet étranger ?

Les rencontres que nous avons eu la chance de vivre à Mo Cay nous ont permis de saisir un peu de l’expérience de la vieillesse dans un petit village du Viêtnam.

Des personnes, des noms, des âges, des visages…

Des familles, des lieux de vie, des histoires …

Des besoins, des désirs, des manques…

Par la parole, les aînés et leurs familles ont pu nous faire part de leurs conditions de vie et de leurs difficultés. Sur leurs visages, nous pouvions découvrir leurs sentiments.

Voici, pêle-mêle, les portraits des personnes qui nous ont ouvert leur porte pour que nous puissions ensemble « faire connaissance ».

IMG_2617Madame Nom 1

76 ans

Agricultrice à la retraite.

Elle est veuve depuis 32 ans. Son mari est mort en faisant la guerre.

Elle évoque sa santé qui se dégrade, ses douleurs aux jambes, son besoin de massages pour la soulager. Elle évoque la difficulté de ne disposer que de l’hôpital de Saigon. Elle manque d’une aide technique pour se déplacer, ce qui l’amène à rester essentiellement autour de sa maison.

Ce qui nous a marqué chez elle : sa pudeur et son sourire radieux.

IMG_2629Madame Nom 2

83 ans

Vit seule avec une de ses filles et son beau- fils.

Sa famille évoque le manque de matériel nécessaire au quotidien pour les soins d’hygiène.

Ce qui nous a marqué chez elle : la dignité qui se dégage de son allure, son regard vif emprisonné dans un corps figé par la maladie.

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Monsieur et Madame Nom 3

75 et 74 ans

Monsieur présentent des difficultés pour se déplacer. Mme est plus autonome. Elle passe beaucoup de temps à s’occuper de son mari.

Une de leurs  filles vit à leurs côtés avec son fils de 16 ans, porteur d’un lourd handicap.  Il n’existe pas d’aides de l’état pour soutenir les personnes dans sa situation.

Ce qui nous a marqué chez eux : le dynamisme de Mme face au côté lunaire de Monsieur.

 

IMG_2664-2Madame Nom 4

89 ans

Marchande de riz à la retraite.

Mère de 5 enfants. Ils travaillent tous en ville sauf une fille, qui a arrêté de travailler pour s’occuper d’elle. C’est sa petite fille qui rapporte l’argent nécessaire pour qu’elles subviennent à leurs besoins. Elle travaille à Saigon.

Ce qui nous a marqué chez elle : la malice dans son regard.

IMG_2685-2Madame Nom 5

70 ans

Vit seule. Veuve depuis 4 ans.

Elle a perdu son fils récemment et nous accueille bouleversée.

Pour subvenir à ses besoins, elle file de la corde. Il lui faut 2 jours de travail pour filer 5kgs de corde qu’elle vendra 1€.

Nous rencontrerons également sa fille de 40 ans, qui vit seule avec 2 enfants depuis  5 ans. Elle travaille elle aussi à Saigon comme femme de ménage.

Ce qui nous a marqué chez elle : ses larmes, sa détresse et sa grande dignité.

IMG_2687Monsieur Nom 7

75 ans

Agriculteur. Il continue à travailler dans les champs.

Ancien combattant pendant la guerre du Viêtnam, il y a perdu une jambe.

Il est veuf et vit désormais seul.

Il nous accueille avec sa famille revenue fêter le Têt avec lui.

Ce qui nous a marqué chez lui : son sourire et l’Histoire, que l’on devine dans son regard.

IMG_2711Madame Nom 6

76 ans

Elle vit grâce aux dons et à la solidarité quotidienne des gens du village.

Sa seule demande réside dans un besoin fondamental : se nourrir.

Elle habite une maison très rudimentaire (murs en bambou, sol en terre battue). Elle n’est demandeuse que de nourriture

Fervente catholique, son chez-elle reflète la place de la religion dans sa vie.

Ce qui nous a marqué chez elle : son allure de petite fille au visage grave et la ferveur de sa foi.

IMG_2746Madame Nom 8

78 ans

Veuve. Elle vit avec sa fille.

Elle se plaint de douleurs aux jambes qui l’handicape. Les vendeurs ambulants viennent donc jusqu’à chez elle pour lui livrer ce dont elle a besoin.

Elle se nourrit grâce aux dons du voisinage qui la soutient également dans la rénovation de sa maison.

Ce qui nous a marqué chez elle : son élégance.

IMG_2861Madame Nom 9

78 ans

Elle était commerçante.

Veuve. Mère de 8 enfants. Elle vit avec l’une de ses filles, dans une maison accolée à la cour de l’école. Elle participe ainsi à la vie scolaire en apportant son aide et son soutien aux enfants.

Elle évoque surtout des besoins fondamentaux comme l’accès à la nourriture (sucre, lait, riz)

Elle a des douleurs et évoque le manque d’accès aux soins dans sa région.

Ce qui nous a marqué chez elle : son implication au sein de l’école voisine.

IMG_2876Madame Nom 10

92 ans

Veuve, elle n’a jamais travaillé.

Mme souffre de douleurs aux pieds mais conserve une autonomie grâce à un déambulateur qui lui a été donné par un hôpital il y a 3 ans.

Elle vit avec sa fille et son beau-fils. Celui-ci souffre de problèmes de hanches qui l’empêchent de travailler, mais ne peut se faire opérer par manque de moyens. 

Toute la famille vit également grâce aux dons dans le village. Trois fois par an, un revenu complémentaire est apporté grâce à la vente des quelques fruits de leur verger.

Ce qui nous a marqué chez elle : son autonomie, la souplesse de son corps malgré les années et son élégance.

IMG_2919Monsieur Nom 11

86 ans

Monsieur vit en couple, sans enfant.

Il est malvoyant et aurait besoin d’une opération des yeux à laquelle il n’a pas accès par manque de moyens. Ancien soldat, il nous apprend qu’aucune pension n’est versée aux vétérans du Viêtnam.

Sa maison jouxte le fleuve et un glissement de terrain menace de l’emporter. Grâce à l’aide apportée par l’association de Nam, il devrait bientôt pouvoir bénéficier d’un nouveau logement.

Chaque mois, le manque de vivres demeure une difficulté.

Ce qui nous a marqué chez lui : la profondeur et l’intensité de son regard chargé de souvenirs que l’on devine lourds.

IMG_2932Madame Nom 12

82 ans

Elle vendait du riz.

Elle vit seule dans sa maison. Nous rencontrons sa famille venue pour le Têt.

Mme à 6 enfants mais seul le plus jeune vit à proximité.

Sa vie à la retraite se concentre beaucoup autour de l’Eglise.

Ce qui nous a marqué chez elle : sa sérénité et son accueil chaleureux.

IMG_2946Madame Nom 13

78 ans

Madame a 7 enfants.

Elle ne voit plus du tout depuis un an. Elle vit avec son fils et sa belle fille qui ont une enfant lourdement handicapée. Une autre de ses filles, elle-même porteuse d’un handicap physique vit également sous son toit.

La famille travaille le fil de coco et le vend au marché pour 2 € par jour.

Ce qui nous a marqué chez elle : sa générosité et son courage face aux nombreux obstacles qu’elle vit et tente de surmonter au quotidien, aux côtés de sa famille.

IMG_2977Monsieur Nom 14

89 ans

Veuf depuis 12 ans.

Il vit avec une de ses filles. Une autre réside à proximité.

Il est sourd. Il souffre de diverses douleurs. Il nous montre son ventre, son crâne, évoque une chute récente dont il garde des douleurs au dos. Il nous fait comprendre qu’il manque de matériel pour l’aider à se déplacer.

Sa fille entretien le jardin et vend, tous les deux ou trois mois, les quelques mangues récoltées. Elle nous explique également leur manque de ressources pour subvenir aux besoins fondamentaux de la famille.

Ce qui nous a marqué chez lui : son sourire indéfectible malgré les multiples douleurs dont il nous fait part.

Nous rencontrerons une dernière personne, Mme Võ, 86 ans. Je n’ai pu la prendre en photo. C’est une dame qui nous a énormément touché. Elle ne pouvait parler, mais sa fille a pu nous évoquer, tout en sourires, son histoire. Elle ne pouvait se déplacer, mais de son lit, elle n’avait de cesse de chercher le contact des mains d’Ana et de nous couvrir de sourires. Mme Võ a eu huit enfants, mais aujourd’hui, seuls deux sont encore en vie. Sa fille élève des cochons pour nourrir la famille. Elle nous explique que la vie est très rude, toujours avec le sourire. Elle nous raconte que sa mère, qui a été une femme dynamique, a fait une mauvaise chute il y a un an et demi. Par manque de moyen, elle n’a pu être amenée à l’hôpital. Peut-être que cette chute était bénigne. Mme Võ a été allongée sur un lit. Elle ne l’a plus jamais quitté. Elle n’a désormais plus que la peau sur les os, et doit manger liquide… mais toujours, toujours, elle sourit. Je ne me suis pas autorisé à la prendre en photo par souci d’éthique. Nous sommes sortis bouleversés de cette maison. Nous conserverons longtemps ces sourires remplis de joie à distribuer dans le monde, comme un précieux trésor.

Quelques constats que nous avons pu faire au fil des rencontres.

Nous ont été soulignés essentiellement des besoins fondamentaux : se nourrir (lait, sucre, riz…) ; disposer de matériel pour les soins d’hygiène, pour le maintien de l’autonomie ; disposer d’un suivi médical à proximité et de médicaments lorsque cela s’avère nécessaire. Pour l’heure, seul l’hôpital de Saigon assure des soins et il est à environ 3h de route ! Nous réalisons que pour un habitant du Finistère, cela voudrait dire sortir de Bretagne pour se faire soigner…

L’histoire de ce pays s’incarne dans ce village au travers du veuvage, souvent vécu par les femmes et des stigmates physiques bien visibles (amputations, séquelles des combats). La vie y est rude, ancrée dans un travail de la terre (agriculture, élevage) qui éprouve les corps. Nous revient d’ailleurs en mémoire une chanson de Brassens…

 

Dans le village, beaucoup de personnes âgées vivent seules. Lorsqu’une perte d’autonomie trop importante apparaît, un enfant reste aux côtés de son parent, traditionnellement le plus jeune de la fratrie. Parfois l’un des enfants décide lui-même d’assumer ce rôle « d’aidant ». Pour le Têt (Nouvel an), les membres de la famille reviennent au village auprès des aînés. Mais bien souvent, le reste de l’année, ils sont contraints de partir vivre en ville pour travailler et subvenir aux besoins de la famille. Parfois ce sont les petits enfants qui rapportent de l’argent à leurs grands-parents. La solidarité entre voisins est ici précieuse pour les personnes arrivant à la retraite, d’autant plus qu’elles ne disposent plus d’aucune source de revenus. Nous apprendrons plus tard au cours de notre périple que depuis 3 ans seulement, un système de retraite commence à émerger petit à petit au sein du pays.

Nous relevons la place prépondérante des femmes aux côtés des aînés. Les filles et belles-filles s’investissent particulièrement auprès des plus âgés, souvent aux côtés de leur conjoint, dans un seul et même lieu de vie pour toute la famille.

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Pour ce qui est du « chez-soi », la plupart des maisons sont sommaires. Certaines sont faites de tôles ondulées et de bambou. Plusieurs ont été reconstruites avec l‘aide de l’association créée par Nam. Celles qui ont été restaurées sont fonctionnelles. En journée, elles semblent toujours ouvertes au voisinage, et le soir venu chacun ferme soigneusement l’entrée de sa propriété. Ici, le chez-soi est construit pour la vie. Les villageois sont même nombreux à choisir d’y demeurer pour l’éternité ! En effet, au fur et à mesure de nos visites, nous avons été interpellés par les nombreuses tombes présentes au milieu des jardins et des basses-cours. Notre hôte nous apprendra qu’au Viêtnam, il est possible de se faire inhumer où on le désir.

IMG_2901 IMG_2619 IMG_2866Les intérieurs sont souvent décorés d’images pieuses.  La religion principale est ici le catholicisme. La spiritualité tient une grande place dans la vie des gens du village. Elle y est valorisée, et avec elle le souvenir des aïeux disparus pour lesquels des bâtons d’encens sont fréquemment allumés. Ici, le passé se conjugue aussi au présent !

IMG_2714 IMG_2683C’est ainsi que s’achève le récit de notre séjour à Mo Cay.

Nous remercions encore chacune des personnes ayant pris part à cette belle aventure. Nous garderons au fond de nous votre profond sens de l’accueil,  votre souci de l’Être plus que de l’Avoir, et par-dessus tout, vos indéfectibles sourires !

Anaïs & Christophe

 

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