Trains de vie…

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Nous vous écrivons aujourd’hui de Bali, en Indonésie, pour vous conter un bout de notre séjour au Cambodge. Comment en sommes-nous arrivés là vous demanderez-vous ? Nous vous répondrons que c’est le voyage ! Nous nous rendons compte chaque jour qu’un voyage en sac à dos ça vous embarque plus que vous n’embarquez pour lui ! Le temps n’en fait qu’à sa tête ; les idées fusent et vous transportent dans des directions inattendues. Les envies se mélangent parfois aux peurs pour donner de drôles de résultats… Alors voilà, le Cambodge à Bali ça fée aussi partie de notre train de vie !

DANS UN TRAIN, EN CHEMIN …

Départ pour un retour au Cambodge…

Dans les écouteurs du mp3, un air se mêle à la cadence du train et m’inspire au petit matin…

Le soleil se lève et nous roulons vers lui.

Les bidons-villes du bord de voie défilent et derrière eux les buildings des grosses compagnies. Les affiches publicitaires en toile ont été transformées en abris de fortune… En écrivant ces mots, je me dis que cette expression contient décidément en elle toute l’ironie du sort… Les slogans qui y figurent prennent parfois dans mon esprit un sens bien étrange une fois apposés là : « Go for it », « It’s the cleaning day », … FORTUNE sera ainsi un mot dont il me faudra  rechercher l’étymologie et le sens exact dans le dictionnaire en cours de route. 

Dans le train, je repense à une vidéo que Christophe a partagée avec moi dernièrement. C’était un extrait du « Voyage de Chihiro », le célèbre film d’animation de Miyasaki. Dans cette scène était évoqué ce rapport étrange au monde lorsque l’on voyage en train. L’héroïne, Chihiro, voit ainsi les êtres croisés au fil des rails comme des ombres. Elle se les représente presque comme des fantômes… A mes yeux ce serait plutôt des veilleuses ! Chaque personne qui se tient à portée de mon regard est une potentielle rencontre, une braise qui couve doucement, n’attendant que le souffle d’un sourire, d’une étourderie, de trois fois rien pour s’enflammer et réchauffer les âmes en tissant quelques liens. C’est ce potentiel que j’aime le plus dans cette façon de voyager. J’aime aussi imaginer derrière chaque visage la vie de ces hommes et de ces femmes, leurs envies, leurs pensées… Quand nos regards se croisent dans ces wagons, je me sens proche d’eux. Leur présence au monde compte. Je me dis qu’ils doivent se poser des questions sur moi eux aussi, et que je ne les laisse pas indifférent. Ca me fée me sentir vivante les voyages en train ! Et puis, c’est peut-être un hasard mais, si vous y prêtez attention, le bruit des rails ressemble fort au son des battements d’un cœur lorsqu’on les écoute à l’échographie… Bref, un vrai train de vie !

Anaïs

Nous arrivons à Battambang, pour plusieurs jours, avec la ferme intention d’avancer l’écriture de nos articles. Il se trouve que le moment s’y prête à merveille : nous avons trouvé un bon hôtel  pas cher, flambant neuf et avec l’air conditionné. Il est indispensable : les températures sont étouffantes. Notre thermomètre affiche 50°C en journée et 40°C en soirée : crapahuter à l’extérieur relèverait presque de l’inconscience. Et puis nous nous sommes renseignés : les choses à découvrir dans le coin sont assez limitées. Il y a un Train en bambou, qui nous attirait à priori mais qui semble être devenu un attrape-touriste sans grand intérêt ; quelques temples ; les Killing Caves qui font partie de l’Histoire du pays ; et une immense cave remplie de chauves-souris.

Notre choix se portera finalement sur Phnom Sampheou. Il s’agit d’une montagne à 14kms de Battambang, qui fut un ancien centre religieux célèbre pour ces temples-grottes bouddhistes.

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Malheureusement, l’Histoire s’est chargée de détourner la fonction première de ce lieu. Lors de la folie qui contamina le pays de 1975 à 1979, ces caves ont servi de cadre aux Khmers Rouges pour y perpétrer quelques massacres. Leurs « opposants » y étaient jetés des falaises. A certains endroits, des tas d’ossements nous les remettent en mémoire. Le nom désormais connu de cet endroit est « Killing Cave ». Tout le pays garde des traces de cette période maudite, et sans cesse, nous envoie des piqûres de rappel.

A l’entrée des Killings Caves, une cage contenant des ossements d’Hommes demeure. Lieu devenu sacré, des offrandes y sont désormais déposées. Une colonie de fourmis y a fait son nid et s’y promène, cortège de nouvelles petites vies…

Nous redescendons du site pour 17h20, car il se passe ici un autre phénomène particulier. Une colonie de plusieurs millions de chauves-souris a investi une des grottes. Elles la quittent vers 17h30 pour partir chasser. De nombreux curieux se retrouvent donc à cet endroit pour assister au spectacle. Nous sommes les premiers arrivés pour profiter du doux parfum de ces animaux… Il y a comme une odeur de furet dans l’air. Nous voyons quelques chauves-souris commencer à se réveiller. Elles ne sortent pas encore. Nous apprenons que cette colonie permet de sauver près de deux tonnes de cultures de riz par an en mangeant les nuisibles. 17h35, il y a de plus en plus de monde à voler à l’entrée de la grotte… D’un coup, quelqu’un sonne le rappel, elles sortent toutes. Pendant plus de 30 minutes, il y a un flux continu qui part chasser. C’est impressionnant ! Un peu partout dans le ciel, nous pouvons voir de petits nuages noirs. Moustiques, tenez-vous bien, elles arrivent !

Christophe

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HALTE SUR NOTRE TRAIN DE VIE QUOTIDIEN …

Depuis le début de notre Voyâge, nous découvrons ce que mener un projet, tout en parcourant la planète, veut dire. Notre stop de quelques jours dans la ville de Battambang, nous a permis de nous remettre sur les rails en rédigeant nos premiers recueils de témoignages.  Lancer un projet est une chose, le faire voyager et durer dans le temps en est une autre !  Vivre son voyage est une chose, rendre compte de ce qu’il est, en est une autre… Écrire s’est montré finalement, pour nous,  plus difficile que nous le pensions.

Voici les obstacles rencontrés :

  • Des envies « débordantes »: envie de découvrir au maximum les pays visités et les régions parcourues ; envie d’aller au maximum vers les locaux pour apprendre à mieux les connaître ; envie de rendre compte le plus fidèlement possible de ce que l’on a vécu et éprouvé ; envie de ramener un maximum de souvenirs ; envie de conserver toutes les bonnes idées qui font surfaces en cours de route, etc…
  • Des peurs tenaces: peur de se confronter à la réalité du monde comme il va (une réalité parfois très dure, bien loin de ce qu’on vit chez soi et de ce qu’on s’imagine) ; peur aussi de ce que cela va pouvoir changer au fond de soi…
  • Des émotions intenses et des deuils permanents : lors d’un tel voyage, tout est ébranlé en soi. Certitudes, doutes, peurs, croyances, connaissances sont sans cesse remis en cause… On laisse s’envoler une norme jamais normale, qui bouge tout le temps, et on avance avec ce qui se présente, au présent.

Les deuils font grandement partie du jeu :

  • deuil des liens qui se créent, et de ceux que l’on doit chaque fois quitter ;
  • deuil d’objets que l’on perd, que l’on se fait voler ou qu’on doit abandonner ;
  • deuil d’endroits que l’on ne reverra probablement plus jamais…

Et puis le deuil de de toutes les premières fois tant attendues et désormais derrières soi.

  • Des contraintes importantes : voyager en mode « routard », avec un projet, sur plusieurs pays, c’est à la fois le plaisir d’évoluer avec une grande liberté, mais c’est aussi un format de voyage éprouvant avec :
  • Des contraintes financières : un budget très serré, à surveiller au quotidien
  • Des contraintes matérielles : un « chez soi » limité aux 70 litres de sac à dos, des conditions d’hygiène parfois précaires
  • Des contraintes climatiques prégnantes (chaleur régulièrement accablante et pas toujours les moyens d’avoir l’air conditionné ou les vêtements adaptés)
  • La nécessité d’une grande capacité d’adaptation (rythme de vie soutenu où les départs succèdent bien vite aux arrivées …)
  • L’importance de continuer à nourrir le cœur du projet en recherchant des sujets ou des contacts sur place ; l’importance de continuer à vivre le périple au présent, tout en rendant compte du passé aussi régulièrement que possible.

En somme, le projet nous réclame un minimum de rigueur et le voyage lui requiert une grande flexibilité. Nous apprenons donc à jongler entre le temps de découvrir et le temps d’écrire. Le voyage a un côté grisant et aurait tendance à nous emporter, mais il nous faut rester connectés pour continuer à avancer.

Les témoins de notre train de vie. Le papier et le crayon demeurent finalement nos plus fidèles outils, que ce soit pour notre carnet de compte, de voyage ou de griffonnage !

Au final, le voyage est un exhausteur : il révèle nos trésors, nos erreurs et aussi nos douces folies intérieures. Il est source d’un ré enchantement permanent où tout devient extraordinaire puisque l’ordinaire n’existe plus ! Même les désenchantements (d’une hygiène partielle et de son cortège d’odeurs par exemple, ou d’une épilation en suspens pour diverses raisons…) deviennent une expérience à part entière !

Au gré des destinations, des sourires échangés, des regards croisés, des mots partagés, le train-train quotidien a cessé. C’est un nouveau train de vie qui nous embraque désormais. Un train qui à chaque nouvelle halte nous fait prendre du recul et nous redonne accès à une vie simple et authentique. Un train dans lequel se déroulent des rencontres uniques, et où se tissent des liens plus ou moins éphémères. Certains voyageurs entrent dans nos vies pour y parcourir quelques stations. A Battambang ce fut le cas de Tamara que nous devrions retrouver avec plaisir en Inde. Pour d’autres le voyage s’avère plus court puisqu’ils descendent dès l’étape suivante. Ensemble c’est ainsi que nous vivons pleinement chacun de ces moments, en réalisant avec passion combien le bonheur est un chemin et non une destination !

Anaïs & Christophe

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PS : la BO qui nous transporte ces jours-ci c’est Truth de Faada Freddy !

Bons plans de Tof n°4-1

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