Kep in Touch

IMG_5823

Nous avons entendu parler de Kep et de Kampot.

En bons « rats des champs » notre cœur balance plutôt pour la ville qui semble ne pas en être une : Kep. Après un trajet de plus de 4h en mini-van au départ de Phnom Penh, nous y voilà.

Nous arrivons sur ce qui ressemble à la place d’un petit village donnant sur la mer. Mais ne nous y trompons pas, les chauffeurs de tuk-tuk sont ici aussi au rendez-vous. A peine la porte du van s’ouvre que quatre têtes s’y engouffrent : « my friend, where do you go ? » ! Refusant de répondre à ces sollicitations, nous trouvons refuge à la terrasse d’un café-guesthouse sur la place. Surprise : la carte propose des crêpes ! Après une petite discussion, nous apprenons que la patronne est française et que le cuisinier précédent était breton. Il avait des biligs, et il a appris son savoir-faire au Khmer qui l’a remplacé. C’est assez pour que nous passions au moins une nuit ici. Nous sommes devant la plage, et nous ressentons instantanément la quiétude des lieux. Nous ne savions pas trop, avant d’arriver, combien de temps nous allions passer ici. Dès nos premiers moments, il nous semble clair que nous resterons quelques jours. Par contre, ça ne sera pas dans cette guesthouse, ni dans la suivante (encore tenue par des français), mais dans un petit paradis, le Khmer Hands, que je vous vante dans mes bons plans en fin d’article.

Pour notre séjour ici, nous avons donc trois priorités :

– travailler nos articles sur la terrasse du Khmer Hands.

– récupérer d’un petit coup de fatigue passager.

– repasser en mode « découverte » en parcourant le parc national et la région à scooter.

IMG_5456

Pour découvrir cette région, l’idéal est clairement de louer un scoot à la journée. Ce coin du Cambodge est très rural, et l’exploration de la campagne semble être un vrai plaisir. Il existe une route principale, mais aussi une majorité en terre battue. Notre préférence va clairement sur ces dernières. Les cartes ne sont pas très précises mais nous arriverons à nous débrouiller.

Première sortie: direction le Nord-Est de Kep, vers Kampong Trach.

IMG_5496

Après avoir quitté la route 33, nous nous retrouvons dans le coin des Pepper farm (fermes de poivre). Il y a plusieurs exploitations de ce genre ici. Après avoir vu plusieurs fermes autour de la piste, nous passons devant la « Sothi’s Pepper Farm » qui semble proposer des visites gratuites. A peine entrés dans la cours, un français barbu nous aborde. Lui, je suis sûr que c’est un backpacker qui fait du « HelpX » (un concept qui commence à nous intéresser : travailler bénévolement contre hébergement et nourriture). Gagné ! Il nous propose de nous asseoir pour boire un coup et parler du poivre avant de faire une visite. Très rapidement nous sommes rejoints par deux autres françaises qui arrivent aussi en scooter : Margot et Jennifer. La discussion commence, nous apprenons que le poivre de Kampot est mondialement réputé. Il a même un équivalent AOC pour le protéger (seul produit avec le sucre de palmier à en bénéficier au Cambodge.). C’est vrai que nous avons eu l’occasion d’y goûter hier soir, et il est vraiment très savoureux. Julien, notre guide barbu français, a bien retenu ses leçons et nous apprend plein de choses sur le poivre et sa culture : les différences entre poivre rouge, noir, blanc et vert ; les conditions nécessaire à sa culture sous une appellation protégée ; etc. Il nous fait ensuite visiter la plantation de Sothi, la patronne des lieux.

IMG_5458

IMG_5467

IMG_5463

Après cet intermède culturel nous repartons avec Margot et Jennifer. Nous voulions aller au même endroit : la grotte temple du Wat Kirisan. Autant y aller ensemble : il vaut mieux se perdre à quatre qu’à deux ! Nous reprenons notre vadrouille par la piste. C’est tellement plus tranquille et exotique qu’une route bitumée ! En cours de chemin, nous passons près d’un petit lac où se baignent des enfants. Derrière, des montagnes karstiques dessinent l’horizon. Nous croisons des paysans au travail. Nous nous sentons immergés.

IMG_5485

IMG_5489

Mais forcément, vient le temps où nous commençons à avoir la sensation tenace de nous être perdus. Il est temps de faire demi-tour et de retourner sur la nationale histoire de retrouver notre chemin. Nous rejoignons ainsi rapidement la grotte-temple. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un temple aménagé au sein d’un cirque naturel, formé par l’effondrement du plafond de la grotte principale. Nous y accédons par un passage souterrain. Certains enfants ont flairé le bon plan et proposent leurs services de guides avec location d’une lampe torche. Nous en acceptons un pour nous quatre. Il a l’air de bien connaître cette grotte, mais je ne m’en rends pas vraiment compte, trop occupé à me perdre dans les galeries. Par contre Ana apprend vite comment naissent certaines mythologies. Pendant la visite, notre guide nomme tous les rochers qu’il voit en disant « ça, c’est le rocher de l’éléphant, parce que… il ressemble à un éléphant. Ça, c’est le pied de Buddha. Ça c’est le rocher du crocodile etc. ».

IMG_5522

IMG_5546

 Nous rentrons vers Kep en conservant notre philosophie de suivre au maximum les pistes. Pour cela, nous devons rejoindre le petit village de pêcheurs d’Angkoul, avant de longer la côte. Les paysages traversés sont magnifiques, et nous avons la chance d’y arriver pour la dernière heure du soleil.

IMG_5553

C’est l’heure où la vie s’active, sous une belle lumière déclinante, certains pêcheurs déchargent leur butin pendant que d’autres repartent au travail pour la nuit. Pendant que mes co-équipières de route communiquent avec certains par l’intermédiaire de dessins…

IMG_2011

… moi, je m’amuse avec mon appareil photo.

IMG_5560-2

IMG_5583

IMG_5576

IMG_5574

Deuxième sortie: direction le Nord-Ouest de Kep, vers Kampott.

IMG_5595

Hier, peu de temps après avoir quitté la Sothi’s Pepper Farm, nous nous sommes retrouvés à une croisée des chemins. En face de nous, la piste s’enfonçait dans la campagne en direction du Nord avant de bifurquer vers l’Ouest. Nous avions opté pour la piste allant vers l’Est et le temple de Wat Kirisan. Mais j’avoue que le premier chemin m’attirait. D’après notre carte, il semblait sinuer à travers la campagne pendant de longs kilomètres jusqu’à Kampott. Nous revenons donc à ce carrefour et cette fois-ci, nous roulons vers le Nord.

IMG_5596

La piste n’est pas en très bon état. Il me faut être attentif et faire de nombreux zig-zag pour préserver un maximum nos fessiers. Nous approchons de midi, il fait près de 40 °c et le petit vent créé en roulant fait un bien fou. De temps en temps nous croisons des locaux en moto ou en 4×4 qui soulèvent la terre rouge de la piste. Nous traversons ce nuage en apnée avant de reprendre notre souffle. Environ 30mn après la croisée des chemins, une côte se dresse devant nous. Notre scooter la grimpe sans problème, mais arrivés au sommet nous nous arrêtons. Nous sommes passés de l’autre côté. Nous y découvrons une grande vallée où la culture de la mangue a remplacé celle du poivre. De l’autre côté de la zone touristique. Au sud la côte et ses aménagements, où partout nous côtoyons d’autres touristes. Au nord, la vie de la ferme où partout nous voyons enfants et travailleurs. Il nous faut parfois serrer le bas-côté lorsque nous croisons un scooter surchargé défiant les lois de la gravité.

IMG_5593

Nous suivons approximativement la route de notre carte, mais avons constamment le plaisir de nous sentir perdus. Notre objectif est de rejoindre le  not so « Secret Lake ». Nous avons une vague idée d’où nous sommes, et la boussole pour essayer de nous diriger. Elle nous servira une fois, lorsqu’après environ une heure de route dans cette vallée, nous sommes arrêtés par un croisement non identifié sur notre carte. Nous choisissons la direction Sud-Ouest plus que Nord-Ouest. Nous roulons au milieu d’une campagne incroyable, au milieu des manguiers. Lorsque nous passons au milieu d’un village, nous sommes constamment salués par des enfants et leurs adultes. Lorsque nous arrivons à un croisement nous choisissons toujours de rouler tout droit. Toujours aller tout droit sans se poser de questions. Mais bon, parfois, c’est quand même bon de savoir que nous allons dans la bonne direction. Au moment où nous sommes le plus dans le doute, un scooter nous rattrape pour rouler à nos côtés. Assis dessus, quelqu’un qui nous avait salué d’un grand sourire cinq minutes plus tôt, et son fils. Il nous demande notre direction et nous  guide pendant 10-15 minutes. A un nouveau croisement, il nous indique la voie à suivre, et part reprendre le fil de sa vie. Dix minutes plus tard, nous arrivons enfin en vue du lac (un réservoir creusé par les prisonniers des Khmers Rouges). Ça fait deux heures que nous roulons sur des pistes, et même si les paysages sont magnifiques, ils ne font pas oublier que c’est un peu tape-cul !

IMG_5605

Nous sommes alors heureux de trouver ces fameuses petites cabanes cambodgiennes près du lac. Elles sont en bois, surélevées, avec juste un plancher et un toit de paille. Nous aurions presque les pieds dans l’eau si nous n’étions pas allongés dans notre hamac. Devant nous, un jeune homme mène ces deux vaches pour qu’elles aillent se désaltérer sur un petit îlot. Plus loin, les montagnes karstiques entourent le lac, un petit vent vient nous bercer, les oiseaux nous chantent leurs comptines, nous pouvons sombrer dans les bras de Morphée.

IMG_5601

IMG_5615

C’est difficilement que nous nous en extirpons deux heures plus tard, on pourrait passer des journées entières dans des lieux comme celui-ci. Mais il est déjà presque 15h, il est temps de continuer notre périple. Maintenant que nous sommes au Secret Lake, identifié sur notre carte, nous devrions réussir à nous réorienter plus facilement. L’idée suivante est d’essayer d’aller se baigner dans la rivière au Nord de Kampott. Plus nous nous éloignons du lac, plus nous nous rapprochons de cette ville, et ça se voit. Nous sommes toujours sur des pistes mais il y a de plus en plus d’habitations, et surtout, nous croisons maintenant régulièrement des occidentaux en scooter. Nous n’en avions pas croisé un seul jusqu’à maintenant. Nous arrivons à repérer l’embranchement de la piste qui nous mènera au Nord de Kampott. En cours de route, il y a deux grottes à visiter. Il faut payer pour faire garder son scoot, payer l’entrée, payer un guide avec lampe frontale, puis se retrouver au milieu des autres touristes. Franchement, après cette matinée, nous ne sommes pas du tout dans cet état d’esprit. Nous passons notre tour pour aller chercher la rivière. Il faut d’abord rejoindre la nationale, y rouler au milieu des camions quelques kilomètres, puis prendre une nouvelle piste. Celle-ci nous achève, il faut rouler environ vingt minutes sur un chemin plein de trous et de cailloux pour atteindre la rivière. Nous avons maintenant le derrière complètement en vrac ! La rivière est vraiment très belle, mais nous ne trouvons pas d’endroits où nous baigner. Il est 16h, si nous rentrons de suite à Kep, peut-être aurons le temps d’aller nous baigner ? Chris, le patron du Khmer Hands, nous a parlé d’une plage au « Sailing Club ». Il nous faut juste nous retaper une dernière fois la « piste tape-cul », puis près de 45kms de route. Allons-y, je commence à être à l’aise avec la circulation ici.

IMG_5622

Pour le « Sailing Club », oui, on peut s’y baigner, mais pour cela il faut consommer, et comme pour tous les lieux de ce genre dans le monde, c’est extrêmement cher ! 3$ pour une canette d’Angkor Beer quand elle ne coûte habituellement que 1$…

Troisième sortie: Un peu de marche aujourd’hui ?

IMG_5635

L’esprit baroudeur qui nous avait un peu quitté s’est réinstallé. Nous nous sentons vraiment bien à Kep. Serait-ce l’air marin ? Le format unique de cette ville qui ressemble à un petit village ? Ou la campagne et cette bouffée de nature qui recharge nos batteries ? Probablement ce subtil mélange qui correspond parfaitement à nos aspirations.

Aujourd’hui nous nous lançons sur la randonnée de 8-9 kms autour du Kep National Park. De notre bungalow, nous pouvons rejoindre le chemin en traversant une propriété privée (avec l’accord du propriétaire). La montée est assez rude pour s’échauffer. Le circuit que nous empruntons n’est pas le plus compliqué, il ne s’engouffre pas à l’intérieur du parc et nous marchons sur une « route » de plus de 2m de large. La ballade est donc plutôt confortable. Nous sommes en bordure de forêt, mais suffisamment proche pour nous rendre compte de sa densité. Nous savons que des singes, des serpents, des écureuils entre autres y logent, mais pour l’instant, nous n’y voyons rien. Sur l’autre versant du parc un panneau attire notre attention. Il y est écrit « cold drinks ».

IMG_5653

Nous sommes près d’un endroit appelé  « Gibbon’s Valley », peut-être y verrons-nous cette espèce de singes ? Nous nous laissons embarquer par ce panneau, et le suivons sur un petit sentier qui sort du chemin principal. La descente est raide, nous marchons sur une petite bande de quelques centimètres de large. Deux fois, nous trouvons une corde attachée à un arbre pour nous aider à descendre. En rigolant, nous pensons qu’il est facile d’attirer quelqu’un dans un piège avec un panneau « cold drinks » !

 IMG_5651

Après environ dix minutes, nous commençons à apercevoir un toit. Des oiseaux hurlent en haut d’un arbre comme s’ils voulaient prévenir quelqu’un de notre arrivée. Nous arrivons dans l’arrière d’une propriété, et voyons une cage. Ana a peur d’arriver dans un endroit où des gens emprisonnent des singes pour les montrer aux touristes. Nous contournons la maison principale, et voyons un singe enchaîné près d’un petit plan d’eau. Le pressentiment d’Ana serait-il vérifier ? Deux femmes nous accueillent, l’une française, l’autre australienne. Très vite, elles  nous rassurent : la « Gibbon’s Valley » est en fait une guesthouse (dommage…), et l’australienne a sauvé les deux singes enchaînés de la mort. Effectivement, le premier que l’on a vu a perdu une patte dans un piège, et la seconde vivait emprisonnée. Elle ne peut les relâcher car ils mourraient très probablement dans la vie sauvage. Elle les considère un peu comme ses enfants et dort même parfois avec. Ana s’approche avec joie de la femelle, qui s’empresse de lui sauter dessus. Je crois qu’Ana est très impressionnée par cette rencontre. L’australienne, la tenante de la guesthouse, a aussi deux chien, et un python de plus d’un mètre cinquante… Elle a trouvé celui-ci dans son jardin alors qu’il digérait les trois poules qu’il venait de manger. Il y a donc des machins comme ça dans cette forêt ! Ça ne me rassure pas beaucoup… Nous passons deux heures à discuter avec elles avant de continuer notre chemin.

IMG_5661

IMG_5681

IMG_5693

Un peu plus loin se trouve une ferme de papillons. Au milieu d’un jardin, déjà très fleuri, nous trouvons une volière. Des dizaines d’individus d’espèces différentes volent joyeusement d’une fleur à l’autre pour le plus grand plaisir des visiteurs. Après sa rencontre avec les singes, Ana est de nouveau enchantée par cette nouvelle expérience.

IMG_5729-2

IMG_5755

IMG_5766

IMG_5748

Nous devons maintenant remonter la colline pour retrouver le chemin initial. Il est déjà 16h, nous n’aurons pas le temps de nous enfoncer dans la forêt. Nous continuons tranquillement sur l’accès principal. Nous sommes bien ici, et franchement, nous n’avons pas envie de suivre notre plan initial qui consistait à rentrer demain à Phnom Penh. En se promenant, nous prenons la décision de repousser le départ d’au moins un jour. Nous devons aller retrouver une sœur française qui vit au Cambodge depuis 30 ans, mais pour l’instant, nous n’avons pas réussi à la joindre. Tant que nous n’avons pas de rendez-vous fixé, rien ne presse, et nous n’avons vraiment pas hâte de retourner en ville !

Nous avons bien géré notre timing au cours de notre promenade. Nous rentrons dans notre petit coin de paradis pour les dernières lueurs du jour. Au cours de la dernière heure, nous avons pu observer les troupes de singes sortir de la forêt, et les écureuils galoper sur les branches des arbres.

IMG_5818

IMG_5833

Ces sorties ont rechargé nos batteries, ainsi que l’air de cette ville. Initialement, nous pensions y rester quatre jours, nous y aurons finalement passé huit jours. Nous quittons Kep avec un vrai coup de cœur, et un jeu de mot qui fleuri dans notre esprit : « Kep in touch ».

Bons plans de Tof n°5-1

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *