Dernière danse khmer à Phnom Penh

IMG_4045Lors de notre séjour au Cambodge, nous sommes passés trois fois par sa capitale, Phnom Penh. Autant d’occasions pour nous de la découvrir sous ses différentes facettes.

Dans notre premier article sur ce pays, nous vous avons dévoilé sa face la plus sombre, celle par laquelle nous avons entamé notre aventure ici : l’apprentissage de l’Histoire par la transformation de l’école Tuol Sleng en centre de terreur (article: Le Cambodge et son Histoire. De l’école au S21). L’histoire récente de ce pays est si rude, que beaucoup sont volontairement frappés d’amnésie. Il y a des sujets que l’on n’aborde pas. Il y a dix ans, lorsque les parents commencèrent à raconter ce qu’ils avaient vécu à leurs enfants, ces derniers ne les croyaient pas. Il leur semblait impossible que cela soit arrivé : « Ce sont des histoires » disaient-ils. Pourtant, beaucoup de gens croisés aux hasards des rues nous rappellent la violence du passé.

Aujourd’hui, un voile semble se lever ; des traditions que l’on croyait perdues renaissent de leurs cendres. D’autres, bien implantées, se dévoilent au fil des promenades dans ses rues animées. Une autre Histoire existe, tout n’y est pas rose, mais la vie y a repris ses droits. Voici un petit panaché de Phnom Penh, avant de partir vers une nouvelle destination.

Aux origines de la ville

Nous avons la chance d’avoir un contact vivant à Phnom Penh, Laura. Elle y vit (et y travaille pour une ONG) depuis septembre. Un après-midi, elle nous mène dans ce qui semble être le seul parc de cette ville : Wat Phnom, « le temple de la colline ». Nous sommes au point de départ de cette capitale. D’après la légende, ce temple a été construit en 1373 pour abriter quatre statues de Bouddha trouvées par Daun Penh, « la grand-mère de Penh », sur les berges du Mékong. Après cette découverte, elle aurait élevé une colline à côté de sa maison et fait construire un sanctuaire. Le temple a donc donné son nom à la ville, Phnom Penh signifiant la colline de Penh. Il possède de très belles peintures murales retraçant la vie de Bouddha.

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  Le palais royal

Toutes les capitales du Sud-Est asiatiques ont un Palais Royal à faire visiter, souvent à un tarif élevé soit dit en passant… Il paraît que c’est toujours un « must  do » du pays.

Le palais ouvre à 14h, en plein cagnard. Il y existe une règle de visite (comme pour les palais des monarchies voisines) : la visite doit se faire genoux et épaules couvertes. Pas de bol, aujourd’hui, j’ai mis mon combi short au lieu de mon bermuda, et mes genoux sont découverts… Il va falloir que je mette mes jambières… J’étais déjà ronchon, et me mettre en pantalon m’achève ! C’est juste humainement pas possible, et quand je vois que certaines cambodgiennes ont un manteau, voir un col roulé…  Ca me laisse perplexe !

La visite du Palais Royal est sympa, c’est plutôt joli, mais comme ses intérieurs, il a tendance à me laisser de marbre. Voici tout de même quelques photos.

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L’opéra traditionnel cambodgien

Ces spectacles traditionnels ont failli disparaître de la mémoire des hommes. En effet, lors de la dictature des Khmers Rouges, leur folie meurtrière les ont poussée à emprisonner et tuer tous ceux qui avaient un attrait pour l’art. 90% des artistes cambodgiens ont péri entre 1975 et 1979. C’est au cours des années 1990 qu’un homme, mu par l’envie de faire renaître ce patrimoine, s’est mis à rechercher les survivants de cet art. Grâce à eux, il reformera une école, puis plusieurs écoles, pour que le Phoenix renaisse de ces cendres.

Les danseuses s’élancent, pleines de grâce. Les chorégraphies s’enchaînent les unes après les autres. Les artistes sont habillés de tenues somptueuses et colorées. Chaque danse représente les traditions d’une ethnie, ou une scène de la vie quotidienne. Elles peuvent fêter une bonne pêche, la mise à mort d’un bœuf, ou encore imager une légende locale. J’étais un peu sceptique au départ, je suis reparti conquis par ce show qui nous a permis de découvrir une autre facette de ce pays qui me parait de jour en jour, plus riche.

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La vie au fil des rues de Phnom Penh

∗ Des cérémonies religieuses qui semblent structurées et structurantes

Au cours de nos séjours au Cambodge, nous avons été témoins de nombreuses cérémonies religieuses (mariages et enterrements). Nous avons eu envie d’en savoir plus sur ce qui semble tenir une grande place dans la vie des gens d’ici.

Lors des enterrements il y a une grande fête, comme pour les mariages. En plein milieu d’une rue est dressé un barnum où la musique résonne. Quand on est étranger, on distingue difficilement les uns des autres. Nous apprendrons peu à peu que le déroulement des cérémonies est très ritualisé. Les couleurs des drapés sur les barnums, permettent de distinguer les deux évènements. Pour les enterrements, les drapés sont noirs et blancs. La présence de bananiers de chaque côté des entrées (un en or et un en argent) est symbole de prospérité. Les voisins et connaissances apportent du riz et de l’argent. C’est un moyen de marquer leur solidarité. Lors des enterrements, on peut voir inscrit le nom, l’âge et la date de naissance de la personne. Il y a aussi un drapeau typique, à la forme bien particulière, qui symbolise le deuil.

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L’histoire du drapeau de deuil

La légende raconte qu’un jour, un roi eut une fille qui se fit dévorer par un crocodile. Le roi, lorsqu’il apprit la nouvelle traqua l’animal. Il le retrouva et récupéra le corps de sa fille pour pouvoir lui offrir un enterrement et une cérémonie traditionnelle. Il décida de conserver précieusement la dépouille du meurtrier, en mémoire de sa fille. Il la garda à ses côtés, près du trône, tout au long de son règne. Depuis, le drapeau qui symbolise le deuil a la forme d’une peau de crocodile.

*Merci à Laura Georgelin qui nous a conté et transmis cette histoire !

Lors des mariages, les barnums sont parés de drapés colorés.  Les bonzes (nom donné aux moines bouddhistes) viennent prendre part à la cérémonie sur un temps particulier où ils récitent les lois. La période où nous étions présents est particulièrement investie par ces cérémonies car ensuite vient la saison des pluies, période durant laquelle les bonzes font une retraite et ne sortent plus.

QUESTION ET ID2ES VAGABONDESAvant notre départ,  l’association brestoise « Pourquoi pas vieilles ? » nous avait confié une question qu’elle souhaitait faire voyager : existe-t-il des groupes d’aînés au sein desquels les femmes peuvent se retrouver ?

Hé bien, lors de notre passage au Cambodge, la question a pu être posée. Nous avons ainsi appris que c’est généralement quand ils vont à la pagode où lors de cérémonies spirituelles, pour des occasions comme les mariages, ou les enterrements, que les aînés se retrouvent. C’est aussi au moment de la préparation de ces fêtes qu’il y a beaucoup d’échanges, notamment entre les femmes. Comme tout est préparé à l’avance et qu’il n’y a qu’un couteau par famille, parfois un par village (c’est le cas aussi pour les ciseaux), l’absence de matériel implique que la solidarité soit cultivée.

∗ Des activités en plein air

Lorsque le soleil descend, les habitants de Phnom Penh apprécient d’aller se promener sur les quais de la ville. Un marchand de glace réputé a une vue sur le Mékong ; nous nous y arrêtons un moment pour nous y rafraîchir. Nous observons la vie se remettre en route. Sous nos yeux, une scène cocasse se met en place : un cours de danse rythmique en plein air, mené par un prof à l’allure singulière !

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 Plus loin, des enfants jouent au foot. Les gens viennent profiter des dernières lueurs du jour, et de la « fraîcheur » toute relative qui les accompagne. Pendant qu’Ana et Laura se posent sur un banc pour regarder cette vie, je m’éloigne un peu pour prendre des photos.

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 A la nuit tombée, nous circulons dans les petites rues de la ville. Tous les soirs, dans certaines d’entre elles, fréquentées par les touristes, un tout autre spectacle nous interpelle : le ballet incessant des hôtesses aux entrées des cafés. Ce sont des jeunes femmes (pour ne pas dire filles) souvent aux bras d’occidentaux, que personnellement je ne qualifierai pas ici, bien plus âgés qu’elles. Laura nous explique qu’au Cambodge, pour se marier, une femme doit être vierge. Si d’une manière ou d’une autre elle ne l’est plus, aucun homme ne voudra d’elle. La tentation est alors grande de gagner de l’argent en vendant ses charmes. De nombreux facteurs socio-culturels viennent ainsi modifier le rapport des cambodgiens à l’amour et au mariage, qui sont encore souvent les fruits d’arrangements plus que de sentiments. Quelqu’un nous a un jour dit qu’une européenne pouvait se vendre cher (plusieurs milliers de dollars) pour un mariage. Une information qui nous laisse une nouvelle fois perplexe…

C’est donc sur une saveur douce-amère que nous quittons Phnom Penh et le Cambodge. Séduits par sa culture, sa beauté et son peuple, nous en sortons aussi secoués par son histoire, ses séquelles et la corruption qui gangrène encore ce pays. Notre expérience de cette dernière fut furtive, mais marquera longtemps nos esprits. Vous la découvrirez dans le prochain article sur notre passage de frontière vers le Laos.

Interview des cinq sens

( NB : interview réalisée à l’aveugle, sans connaître la réponse de l’autre !)

S’il ne restait qu’une odeur?

Christophe : celle des chauves-souris à Battambang.

Ana : celle du soleil et de la poussière mélangés. Si, si, je vous jure, ça a un parfum particulier !

Qu’un goût?

Christophe : la sauce au poivre vert de Kampot ! J’ai hâte de la tester avec un steak !

Ana : le crabe au poivre de Kampot

Qu’une image?

Christophe : Voir, dans un moment d’ivresse, Ana avec une pâte d’araignée lui sortant de la bouche.

Ana : Celle d’un musicien aveugle, croisé à plusieurs reprises dans une rue de Phnom Penh . Il était accompagné de son fils qui le tenait au bout d’une corde pour le guider tout en mendiant quelques sous pour subsister. Cette image m’a troublé et marqué à jamais.

Qu’un son?

Christophe : la triste comptine des temples d’Angkor « One dollaaaaaaaar Madame… Only One dollaaaaaaaar… for ten postcaaards»

Ana : il y en a deux en fait. Le « Tuk tuk Madame » des chauffeurs de Phnom Penh et le son du Smot, chant de deuil khmer traditionnel

Qu’un objet?

Christophe : le tuk tuk biensur ! On a même songé à s’en fabriquer un pour parcourir les routes de France.

Ana : le Krama. C’est un tissu traditionnel cambodgien, fait de coton, à damiers. Il est porté par tout le monde là-bas, de diverses façons. J’ai trouvé cet objet très élégant.

Bons plans de Tof n°6

2 commentaires

  1. Belles photos des danceuses et danceurs Christophe
    YVES HERNOT

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